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Coopération & Echanges Vétérinaires Est-Ouest
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MOLDAVIE

Rapport de la mission

                                  Du 15 au 20 juin 2015                                 


 Réalisée par Jacques THIBAUD et Pierre DEVILLECHAISE

(Experts CEVEO)

  

Rappel de l’objectif

A l’issu d’une première rencontre entre CEVEO (Association d’échange et de coopération Vétérinaire Est-Ouest de France) et les autorités Moldaves ainsi que les représentants du développement rural Moldave organisée à l’initiative de l’Ambassade de France à KIEV en Ukraine par Mr Nicolas PERRIN (attaché agricole) en mars 2015, il a semblé souhaitable que puisse être programmée une mission exploratoire approfondie de la filière laitière Moldave avant l’été 2015 afin de mesurer l’opportunité de la mise en place éventuelle d’une convention de coopération entre la Moldavie et CEVEO .

Programme de cette mission

Le programme de cette mission a été élaboré et proposé aux experts de CEVEO par l’ACSA (Agence Nationale de Développement Rural de Moldavie) (joint en annexe à ce rapport).

Ce programme nous a permis de rencontrer des éleveurs, les collecteurs-transformateurs de lait et les Institutions en charge de l’élevage Moldave en la personne de Mme Tatiana NISTORICA (Chef de la Direction Générale de l’élevage du Ministère de l’Agriculture), de Mr Valeriu ENCIU ( Président  de l’Association des Vétérinaires Moldaves du Ministère de l’Agriculture).

Conditions de réalisation de cette mission

Compte tenu de certaines  difficultés  rencontrées lors du montage de cette mission (prise en charge financière de la venue des experts de CEVEO, déplacement des experts sur le terrain, hébergement…), nous pouvons dire que grâce à un engagement financier substantiel et exceptionnel de CEVEO ainsi que l’engagement de l’Ambassade de France à CHISINAU pour la prise en charge de l’hébergement d’un expert de CEVEO, la mission s’est parfaitement déroulée.

Soulignons cependant que si nous n’avions pas eu l’engagement personnel et exceptionnel de Mr Adrian CELPAN (interprète) proposé par Mr Gheorge CAINAREAN de l’ACSA pour assurer tous les déplacements ( avec son véhicule personnel) et l’organisation matérielle des journées, notre mission n’aurait pas eu le résultat qu’elle a eu).

Compte rendu des visites

Les parcours effectués nous ont permis tout d’abord de découvrir les réalités du pays du nord au sud. La Moldavie est un pays très agricole tourné vers les grandes cultures (céréales, maïs, tournesol, luzerne, cultures fourragères et fruitières, vigne) Le bon état des cultures est permis sans doute par une bonne technicité des opérateurs mais aussi par une grande qualité du sol ( terre Tchernoziom de couleur noire, riche en humus (3à15%), en potasse, phosphore et microéléments). On est en droit de penser que c’est un pays qui a un fort potentiel pour nourrir des vaches laitières.

Les animaux sont souvent épars sur le territoire (bovins de race locale Bectata) isolés ou en troupeaux gardés, quelques chèvres attachées le long des routes, des troupeaux de moutons gardés dans le nord et des volailles en nombre surtout des canards en « bande » le long des routes.
Les conditions de circulations sont quelques fois laborieuses car l’état du réseau routier n’est pas toujours très bon et le temps nécessaire à le parcourir est  long.

I/Les visites d’élevages

Concernant les visites d’élevages, nous pouvons  classer les élevages en deux grandes catégories :
1ère catégories :  « les optimistes »
Les moins nombreux
Ceux qui, selon l’expression « font de l’agriculture avec de l’argent » dont les propriétaires sont des « hommes d’affaire » avec des moyens substantiels qui emploient du personnel apparemment qualifié (vétérinaire salarié). Les élevages de cette catégorie sont souvent d’une certaine importance (environ 100 vaches laitières) de race importée (Holstein), et les techniques d’élevage sont en partie maîtrisées (alimentation en grande quantité pas toujours analysée, reproduction (Insémination artificielle avec achat de semences à l’international), suivi sanitaire des troupeaux…). Les bâtiments sont récents et construits sur les standards des bâtiments européens dans l’application des normes.

La production journalière est de 25 à 35 litres / vache

Le lait est refroidi à la ferme et la laiterie effectue tous les jours la collecte. Dans certains cas, c’est l’éleveur qui réalise lui-même la livraison du lait.

Globalement, les personnes salariées rencontrées semblent heureuses et quelques fois intéressées financièrement aux résultats. Les « patrons » ne sont pas  sur place.
2ème catégorie : « les pessimistes »
Ceux qui, selon l’expression « essaient de faire de l’argent avec l’agriculture »

Les plus nombreux
Les élevages sont de race locale, souvent à faible effectif (de 3 à 20 vaches laitières)  produisant entre 10 et 13 litres par jour et par vache  dans des bâtiments vétustes voir difficilement adaptables (anciens Kolkoses) dont l’aménagement nécessite des investissements hors de portée de leurs capacités financières propres et des emprunts proposés à taux jugés trop élevés 20%.

Les compétences techniques de ces éleveurs ne semblent pas très développées et un besoin d’acquisition de bonnes pratiques est évident. De surcroit, la présence de vétérinaires privés compétents est faible.

Certains de ces élevages livrent leur lait à des petits artisans fromagers, d’autres, à de plus gros collecteurs qui quelquefois décident d’arrêter la collecte. Certains d’entre eux s’orientent alors vers la production fromagère fermière.

Ces producteurs  manifestent un grand besoin d’organisation entre eux et ressentent souvent une administration trop éloignée de leurs préoccupations .

Le mot qui revient le plus souvent, c’est « manque de moyens »
Chez tous ces éleveurs, il y a manifestement un grand besoin d’organisation de la production et un besoin de se regrouper.

Conclusion des visites d’élevages

Comme nous vous l’avons exposé, il y a une grande disparité entre les élevages. Si pour une minorité d’entre eux la situation est confortable car les finances ne sont pas un facteur limitant,  pour la grande majorité au contraire, la dureté de l’économie de marché, et ses réalités font apparaître un besoin d’organisation pour se sentir plus fort, ne serait ce  que pour discuter des prix du lait avec les collecteurs-transformateurs.

Pour la majorité des éleveurs tout est à faire, le souhait d’acquisition de compétences et de bonnes pratiques est exprimé mais ce qui semble le facteur limitant, c’est le manque de moyens financiers.

II/Les visites de collecteurs-transformateurs

Nous avons rencontré deux types de collecteurs :
Un artisan fromager
Installé depuis un an, collectant environ 3000 litres par jour dans un rayon de 50 km avec deux camions isotherme très anciens. Le lait est collecté tous les jours chez des particuliers ayant des effectifs de vaches laitières très faibles (de 1 à 3 vaches) qui ne sont pas collectés par les collecteurs plus importants. Le problème rencontré dans ces petites fermes est le problème de la compétence des producteurs et  du très faible niveaux  des quantités d’aliment distribuées aux animaux. Le souci majeur est le manque de moyens financier et autres pour développer la production de ces petits élevages.

Le lait collecté dans ces petits élevages est pasteurisé et transformé en fromages à pâte pressée cuite  vendus au particuliers  sur CHISINAU.

La principale priorité de cet artisan fromager est de contribuer à améliorer la production laitière des petites fermes, mais les moyens manquent.

Un collecteur-transformateur plus important du nom de LACTIS
Implanté dans le nord, collectant 70 000 litres de lait par jour chez environ 70 producteurs ayant des effectifs de vaches laitières compris entre 2-5 et 90-100 vaches laitières. Progressivement, les petits producteurs disparaissent et les moyens comme les plus gros essayent de se développer mais sont bloqués dans leurs investissements par les besoins financiers.

L’entreprise a utilisé un programme laitier proposé par la Pologne et la mobilisation des fonds européens et des suvbventions de l’Etat ont permis un début d’ amélioration des conditions de production.

Un programme de modernisation voir de construction de bâtiment d’élevage a été mis en place sur une instruction de l’ANDA ( Agence Moldave) pour les plans et un financement assuré à hauteur de 50% par l’Etat à condition que ces constructions soient réalisées hors des villages.

A propos de la collecte de cette entreprise, il semble que le maximum des volumes possibles soit atteint car les débouchés en produits laitiers -fromagers ont atteint des limites par rapport au pouvoir d’achat des consommateurs qui ne leur permet pas d’acheter des fromages. Concernant la possibilité d’aller chercher des débouchés à l’export, l’ancienneté et une certaine vétusté des installations de l’entreprise, l’état du matériel de collecte (camions isothermes de l’époque soviétique) et l’obligation des mises aux normes de ces installations nécessitent des investissements que l’entreprise ne peut pas envisager pour le moment.

L’ensemble des producteurs collectés serait intéressé par une formation à la production et à l’amélioration des connaissances liées à la mise en place des bonnes pratiques d’élevage.

III/ les rencontres des structures institutionnelles

IIIa/ : rencontre avec Mme Tatiana NISTORICA (Chef de la direction Générale de l’Elevage du Ministère de l’agriculture)
La Moldavie produit aujourd’hui environ 20% de la couverture des besoins en lait de la population et doit importer environ 80 % sous forme de lait en poudre.

Le ministère encourage la création d’association  de producteurs pour envisager la formation des producteurs et l’organisation de la profession.  A ce titre, le ministère organise des rencontres entre producteurs et collecteurs-transformateurs pour débattre du prix du lait. Mme NISTORICA pense qu’il y a un déficit de formation des vétérinaires et des agents chargés d’accompagner les éleveurs dans tous les domaines de la production laitière.

Mme NISTORICA aurait souhaité que nous puissions rencontrer au ministère le président de l’association des livreurs de lait. Un contact établi n’a pas pu être honoré compte tenu des faibles délais disponibles.

En conclusion de la rencontre, Mme NISTORICA nous a confirmé son souhait de réussir son projet de développement de la filière laitière et fera tout son possible pour qu’une coopération avec CEVEO puisse se mettre en place. Elle a le soutien entier du Ministre de l’agriculture.

IIIb / Rencontre avec Mr Valeriu  ENCIU(Président de l’Association des Vétérinaires Moldaves)
La loi sur la règlementation de la profession vétérinaire d’état et privée votée il y a quelques années n’a jamais été appliquée.

Gros travail actuel sur la rédaction d’un règlement de l’organisation de la profession vétérinaire et d’un code de déontologie.

Le nombre d’animaux laitiers a baissé de 10 fois entre 2005 et 2015, seul le secteur aviaire s’est maintenu.

La relation entre le vétérinaire de l’Etat et l’éleveur est devenue difficile car la mise en place de l’identification soutenue par des financements européens a été  suspendue depuis 3 ans. Les coûts doivent être supportés  aujourd’hui par les éleveurs.

Depuis cette date, 700 vétérinaires sont partis des services de l’Etat pour rejoindre le secteur privé.  Aujourd’hui la situation continue à se dégrader puisque en deux ans le nombre de vétérinaires privés recensés est passé de 540 à 320.

Le chantier en cours est très important et difficile, et l’obligation de faire voter cette nouvelle loi sur la règlementation de la profession vétérinaire en particulier privée est déterminante pour la suite.

Ce rapport a été exposé le samedi 20 juin 2015 au directeur de l’ACSA, Mr CARNEREAN et à Mr PETIT de l’Ambassade de France à CHISINAU.

Mr CARNEREAN directeur de l’Agence de développement rural, avait réagit favorablement, lors de notre rencontre de mars 2015, sur le concept « ferme de référence » que nous avons mis en place au Vietnam. A l’occasion de notre rencontre du samedi 20 juin, il s’en est souvenu et m’a renouvelé son souhait que nous puissions faire la même chose en Moldavie.

Proposition d’actions de CEVEO

En tenant compte de nos observations d’une part et des souhaits exprimés par le ministère de l’agriculture, l’Agence de développement rural, et l’association des vétérinaires, nous avons fait les propositions suivantes qui ont été bien reçues par l’ensemble des partenaires.
1/ aide à la restructuration et à l’organisation de la profession vétérinaire Moldave.
2/ aide à l’organisation de la profession des producteurs de lait
3/ Formation des vétérinaires au suivi sanitaire des élevages
4/ Formation des éleveurs aux bonnes pratiques d’élevage (« de la fourche à la fourchette »)
5/ Mise en place, sur la base du volontariat, d’une ou deux fermes de références regroupant toutes les recommandations nécessaires à la production d’un lait de qualité.
Nos partenaires voient une opportunité de mettre en place une proposition Française de nos savoir faire (l’Ambassade a bien réagi et s’est même proposée de soutenir  ce projet qui semble concret).

Les différentes formations des vétérinaires et des producteurs laitiers pourraient être organisées à partir de ces fermes.

Sans anticiper de la suite, car la décision sera avant tout la leur, nous pourrions envisager une convention d’intervention entre
Le ministère de l’agriculture
L’association des vétérinaires privés
L’Agence de développement rural
L’Ambassade de France à CHISINAU
CEVEO
.
Nous leur avons présenté quelles pourraient être les différentes contributions financières de chacun.

Voila ce que nous pouvons dire. La balle est dans le camp Moldave et dès validation de ce rapport par le bureau de CEVEO nous le transmettrons aux différents partenaires avec un projet de convention chiffré.

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